Douce nuit…Nouvelle année et cris du monde…

Au commencement était le cri.

Cri perçant, capable de déchirer le silence de la nuit ; cri exigeant… Cri réclamant toute l’attention, toute la tendresse ; cri qui interdit la distraction ou le sommeil… Cri d’un enfant nouveau-né.

Je ne sais combien de siècles de pieuse méditation il a fallu, pour que nous arrivions à imaginer la nuit de Noël comme silencieuse, méditative, à chanter « Douce nuit », nous figurant la Vierge et Joseph frais, dispos et admirablement recueillis devant l’enfant qui gazouille tranquillement, plutôt qu’épuisés par le travail, la délivrance et cet interminable cri qui les poursuit, insatiable, impérieux. Le Verbe, la Parole de Dieu, ne parle pas encore, mais déjà il sait se faire entendre… Et c’est d’amour qu’il est question, amour despotique du nourrisson qui demande tout et auquel on ne peut rien refuser. Il demande qu’on l’aime, en revêtant, avec notre nature humaine, l’extrême vulnérabilité des tout-petits.

« Douce nuit » … et cris du monde…

Nous rêvons parfois d’une vie spirituelle faite de calme, de douceur et de sérénité. Mais comment serait-elle tranquille, si celui que nous contemplons est vraiment l’enfant de la crèche, venu habiter notre monde ? Ce cri de l’enfant de la crèche, nous empêche de nous assoupir dans tous les sommeils spirituels, qui parfois prennent le masque de la piété. Il nous renvoie aux cris du monde où l’homme exprime sa soif de vivre, son désir d’exister, son besoin d’aimer et d’être aimé…Cris despotiques parfois, cris de souffrance le plus souvent… Cris d’une humanité en attente de nouvelle naissance, et qui sollicitent notre attention aimante.

Le « Dieu enfant » ne veut pas nous laisser fermer l’œil. Il ne peut pas nous laisser dormir quand nous sommes encore si loin de la joie véritable, celle que lui seul peut nous donner, la joie d’aimer comme il nous aime. L’aventure de la joie est devant nous. Comme toutes les aventures, elle est exigeante, âpre, moins sucrée qu’une bûche de Noël, aussi brutale et insatiable qu’un cri de nouveau-né.

« Bonne année…. Et surtout la santé… »

Oui, souhaitons-nous la « santé » en cette nouvelle année. Santé d’un cœur qui sait écouter et entendre ces cris du monde qu’un Dieu a rejoint pour ouvrir en chacun la capacité d’aimer vraiment, en vérité… Noël est à vivre… Chaque jour… en chacun de nous…

 

Père Gilles Baudry

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